Résumés des communications
Colloque SoPhA 2006
La Baume-les-Aix
Esthétique

Uwe Behrens
L’ambiguïté de la notion
d’ « information » dans la philosophie de l’art de Goodman
les articles de cette session
  • Uwe Behrens : L’ambiguïté de la notion d’ « information » dans la philosophie de l’art de Goodman.
  • Laure Blanc-Benon : Les théories perceptives de la représentation picturale ont-elles définitivement enterré les théories sémiotiques ?
  • Sandrine Darsel : Les propriétés esthétiques, une stratégie réaliste.
  • Emannuelle Glon : Quand l’imagination dit non.
  • Bastien Guerry : Un exemplaire n’est pas un exemple de son type.
  • David Landais : Art Cinétique et Optique : illusion, mouvement et liage perceptif.
  • Klaus Speidel : Evidence Photographique et dépiction picturale: pourquoi la peinture est spéciale.
  • Clelia Zernik : L’émotion au cinéma.

 

La nature est un produit de l’art et du discours.

Mon exposé comporte trois étapes :

1) Dans quel contexte Goodman utilise-t-il la notion d’« information » ?

2) Quelle difficulté est créée par l’usage qu’il en fait ?

3) Quelles solutions sont envisageables pour résoudre cette difficulté ?

1. Dans Langage de l’art, Nelson Goodman utilise à plusieurs reprises la notion  d’« information ».  L’index de l’édition anglaise de 1969 indique même cette notion, ce qui lui confère une certaine valeur argumentative dans son approche de la théorie des symboles. En particulier dans la section « Le réalisme », consacrée à « la question secondaire de ce qui constitue le réalisme de la représentation » dans le premier chapitre « Refaire la réalité », Goodman utilise très souvent cette notion. Mais elle est reprise également dans le troisième chapitre « Art et Authenticité », comme apportant « La réponse » au problème du faux parfait.

2. J’essaierai de montrer que cette notion a un double sens. Elle désigne tantôt des systèmes symboliques relatifs à un auteur, tantôt un objet de ces systèmes.

Goodman refuse la thèse selon laquelle l’image la plus réaliste est celle qui fournit la plus grande quantité d’information pertinente. Pour justifier son objection, il donne l’exemple de deux images : l’une réaliste (toujours par rapport à un système standard) avec une perspective ordinaire et des couleurs normales, l’autre semblable à la première, exceptée que la perspective y est inversée et chaque couleur remplacée par sa complémentaire. Selon une interprétation acceptable, les deux images fournissent pour Goodman la même information. Il ajoute que d’autres transformations radicales peuvent être imaginées sans que les images ne perdent d’information. Selon lui, les deux images décrites dans son exemple fournissent la même information : cela signifie qu’elle est tout aussi vraie dans les deux cas. De quelle sorte d’information s’agit-il ? Qu’est-ce qu’une information égale d’images transformées, dont la valeur de vérité est relative à un système ?

« Devant moi se trouve une image d’arbres et de falaises près de la mer, peinte en gris ternes, et exprimant une profonde tristesse. Cette description fournit trois sortes d’information, nous renseignant sur ce que représente l’image, sur les propriétés qu’elle possède, sur les sentiments qu’elle exprime. »

C’est donc la description d’une image qui fournit des informations. A quelles conditions une description reste-t-elle une interprétation appropriée d’une image ? Goodman insiste sur le fait qu’une description efficace réclame l’invention. La description d’une représentation dans la citation précédente est-telle inventive ?

Répondre à cette question exige une étude approfondie de l’argumentation de Goodman ; mais l’objet de cet article portera plutôt sur la deuxième section du troisième chapitre. L’auteur y évoque la distinction entre la contrefaçon d’une œuvre d’art et son original. Pour lui, un critère de bonne distinction réside dans la pratique et l’entrainement de celui qui doit en juger. Mais il présuppose pour cela un savoir justifié et susceptible d’être appris par rapport à de telles décisions. D’où vient ce savoir, c’est-à-dire l’information qui constitue une différence esthétique entre l’original et la contrefaçon ? Dans une situation synchronique, il est impossible de distinguer les deux sans savoir au préalable laquelle est l’original et laquelle est sa contrefaçon. Mais dans le cas de deux images avec une même information (introduit dans la section « Le réalisme »), la synchronie est présupposée pour mettre en valeur l’information égale des deux images. Il n’y est pas question d’une connaissance de la distinction, celle-ci étant préalable.

3. Faut-il introduire une notion d’information diachronique, afin de rendre compte de cette connaissance de la différence esthétique ? Ou alors, faut-il rejeter la conception d’une représentation réaliste, ce que fait Goodman ? Dans ce dernier cas, la notion d’ « information » est ambiguë et complique l’approche de la théorie des symboles. Dans le premier cas, l’information exigerait à coup sûr une théorie de l’interprétation des symboles liée aux objets.

Ici, il ne faut pas essayer de refaire une théorie des symboles. Mais, si Goodman nous donne une conception philosophique de l’art qui soit cohérente, sa démarche argumentative n’est pas très claire par rapport à la notion d’ « information ». Faut-il donc ajouter l’aspect interprétatif, développé dans une théorie générale de l’interprétation, de celui qui doit juger de la différence esthétique ? Dans ce cas la notion de « critique d’art » est remise en valeur.

 
 
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