Le but de l’exposé est une fusion des logiques classique et épistémique en un seul système modal, dans lequel toute formule bien formée exprime un acte de discours. Cela signifie la réunion des problèmes d’ontologie et d’épistémologie sous une même formulation ontique : être vrai et connaître la vérité sont deux expressions ambiguës et remplaçables par l’unique expression de considérer comme vrai. Pourquoi cette fusion, et comment l’obtenir ?
Après examen des modalités épistémiques, les opérateurs de connaissance K et de croyance B, il semble qu’une certaine interprétation soit en mesure de garantir à la fois un sens et une cohérence à leur analyse logique : si l’on considère K et B comme des actes de discours, transformant ainsi la logique de la connaissance (logic of knowledge) en une logique de l’acte de connaître (logic of knowing). Une exposition sera faite des problèmes posés en logique épistémique et de leur traitement illocutoire : citons entre autres le paradoxe de Moore, le paradoxe de Fitch, la clause de vérité ou l’opacité référentielle.
Le système de logique illocutoire proposé, LI, est un système modal basé sur un opérateur fondamental d’assertion A et un opérateur faible dual de supposition C. Les opérateurs A et C sont directement issus des notions de contenu jugeable (noté : –p) et de jugement (noté : |–p) observées dans [Frege 1879], puis réexaminés par [Russell 1903] et devenues aujourd’hui des opérateurs de force illocutoire sous l’impulsion des travaux de [Searle 1969] et [Searle & Vanderveken 1985]. Nous reviendrons sur l’origine historique de la notion d’assertion et insisterons notamment sur celle ambiguë de dénégation, considérée par [Vernant 2003,2006] comme un opérateur primitif de rejet (noté : –|p).
La contribution personnelle de cet exposé sera triple : il tentera de montrer que la dénégation n’est pas indéfinissable et peut être réduite en termes d’assertion itérée, faisant de LI un système à un opérateur élémentaire (contrairement à la logique épistémique, où K et B ne sont pas interdéfinissables); il proposera une simplification de plusieurs théorèmes et paradoxes épistémiques en termes illocutoires; il se servira de l’opérateur de base A pour exprimer d’autres attitudes, parmi lesquels le doute D et l’ignorance I. Une représentation géométrique des relations illocutoires sera proposée enfin au sein de polygones d’opposition, dont la complexité augmentera selon le nombre des actes illocutoires (voir page 2).
Nous finirons en discutant les mérites et limites de cette orientation illocutoire de la logique épistémique, montrant les liens entre l’assertion A, l’opérateur d’annonce A! de van Benthem et la logique dialogique.
LES OPPOSITIONS EN LOGIQUE MODALE ILLOCUTOIRE :
QUATRE POSSIBILITES PARMI D’AUTRES

Références
[Hart 1980]: “Toward a logic of doubt”, International Logic Review 21, pp. 31-41
[Kearns 1997]: “A propositional logic of supposition and assertion”, Notre Dame Journal of Formal Logic 38, pp. 325-349
[Russell 1913]: “Belief, disbelief, and doubt”, réédité in The Collected Papers of Bertrand Russell, Vol. 7 : “Theory of Knowledge : The 1913 Manuscript”, pp. 136-143
[Searle 1969]: Speech Acts, Cambridge Univ. Press
[Searle & Vanderveken 1985]: Foundations of Illocutionary Logic, N.-Y., Cambridge Univ. Press
[Vernant 2003]: “Pour une logique dialogique de la dénégation”, in F. Armengaud, M.-D. Popelard & D. Vernant (éds.) : Du Dialogue au texte, autour de Francis Jacques, Paris, Kimé
[Vernant 2005]: “Les limites d’un traitement logique de l’assertion”, in F. Clémentz (éd.) : Russell : Logique, pensée et connaissance, Paris, Vrin
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